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Le paradoxe de l’amour dans Hiroshima mon amour

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Hiroshima mon amour de Marguerite Duras est une œuvre bouleversante où l’amour rencontre l’oubli, et où le passé intime se mêle aux blessures de l’Histoire. Dans une Hiroshima reconstruite après la bombe atomique, une actrice française et un architecte japonais partagent une brève passion. Mais derrière cette histoire d’amour se cachent deux traumatismes : le deuil d’un amour interdit pendant l’Occupation et les cicatrices encore vives d’Hiroshima. Duras explore le paradoxe de l’amour : intense mais éphémère, vivant mais condamné à l’oubli. Avec une écriture poétique et hypnotique, elle nous plonge dans la mémoire, la douleur et l’impossibilité d’oublier ce qu’on voudrait pourtant laisser derrière soi.

Le paradoxe de l’amour dans Hiroshima mon amour

Dans Hiroshima mon amour, Marguerite Duras présente d’abord l’amour comme une force paradoxale qui survit même à la mort, au rejet social et au passé douloureux. La relation interdite qu’a vécue la Française avec un soldat allemand illustre ce paradoxe. Malgré la condamnation sociale qu’elle subit, ses sentiments restent intacts : « Mon amour mort est un ennemi de la France. Quelqu’un dit qu’il faut la faire se promener en ville. La pharmacie de mon père est fermée pour cause de déshonneur. Je suis seule. Il y en a qui rient. » (p. 97). La juxtaposition des courtes phrases et l’accumulation de détails concrets (pharmacie fermée, solitude, moqueries) traduisent le poids du rejet collectif et l’isolement dans lequel elle est plongée. Pourtant, malgré cette honte publique, l’amour continue de la hanter. Ce paradoxe s’intensifie lorsque Duras montre que même la mort de l’amant n’éteint pas le désir : « Qu’il soit mort n’empêche qu’elle le désire. Elle n’en peut plus d’avoir envie de lui, mort. (…) Elle désire un mort. » (p. 136-137). Par la répétition insistante du mot « mort », l’autrice souligne l’incongruité et l’intensité de ce désir qui défie la logique morale. L’amour devient ici obsessionnel, transgressant les limites de la raison et de la bienséance sociale. Enfin, l’extrême intensité de cet amour interdit mène à une confusion presque physique entre les deux amants : « Même après, oui, même après, je peux dire que je n’arrivais pas à trouver la moindre différence entre ce corps mort et le mien… C’était mon premier amour… » (p. 100). La structure répétitive et le rythme haletant de cette phrase traduisent la fusion identitaire qu’elle ressent, où la frontière entre elle et l’amant disparu s’efface. Ce paradoxe ultime montre un amour qui transcende non seulement la vie et la mort, mais aussi l’identité même des êtres.

Duras expose également le paradoxe d’un amour intense dans l’instant, mais destiné à disparaître avec le temps. La Française vit une relation passionnée avec l’homme japonais, mais elle sait déjà qu’elle en gardera un souvenir flou et éphémère. Elle exprime ainsi : « De même que dans l’amour cette illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier, de même j’ai eu l’illusion devant Hiroshima que jamais je n’oublierai. » (p. 28). Le parallèle qu’elle établit entre l’amour et le souvenir d’Hiroshima souligne un paradoxe universel : l’intensité de l’émotion donne l’illusion de l’éternité, alors qu’en réalité, le temps efface tout. Sur le plan de la forme, Duras emploie ici la répétition de « cette illusion » pour insister sur cette croyance trompeuse qui caractérise à la fois la mémoire individuelle et la mémoire collective. La Française est consciente de ce mécanisme d’effacement progressif, comme en témoigne sa réflexion lucide : « Je me souviendrai de toi comme de l’oubli de l’amour même. Je penserai à cette histoire comme à l’horreur de l’oubli. » (p. 105). Par l’expression « l’oubli de l’amour même », Duras met en lumière une tension : l’amour, même intense, devient lui-même objet de l’oubli. L’usage du mot « horreur » renforce la douleur que provoque cette perte inévitable. Enfin, lorsque l’homme japonais lui propose de rester, la Française exprime son incapacité à prolonger cette relation vouée à l’échec : « Le temps de quoi? D’en vivre? D’en mourir? » (p. 116). Ici, la question rhétorique, courte et incisive, illustre l’ambivalence du personnage, tiraillée entre le désir de continuer et la certitude que cet amour est condamné à disparaître. Ce paradoxe résume toute la vision de l’amour présentée par Duras : un amour à la fois profondément vivant dans l’instant et inévitablement voué à l’oubli.

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