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Appartenir de Hector Ruiz

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À travers des voyages entre différentes villes, Hector Ruiz questionne le sentiment d’appartenance et explore la tension entre partir et rester. Peut-on vraiment appartenir à un endroit ou sommes-nous façonnés par nos déplacements et nos expériences? Dans son oeuvre, Ruiz nous emmène dans un voyage poétique où chaque départ transforme notre perception de l’horizon. 📖💭

Appartenir à plus d’un lieu, plus d’une langue. Où est-ce que ça nous laisse?
Dans Appartenir, le poète québécois d’origine guatémaltèque Hector Ruiz explore les déchirures et les ponts entre deux identités — celle de l’origine et celle de l’« ici ». Dans un Québec où la mixité culturelle ne cesse de croître (comme le montre l’Institut de la statistique du Québec), il n’est pas rare que plusieurs se demandent : qui suis-je, au juste? Et surtout : où est-ce que j’appartiens vraiment?

Ruiz ne donne pas de réponse toute faite. Il observe, il questionne, il écrit. Et dans ses vers, on sent la tension : entre le pays d’enfance et le pays d’accueil, entre la langue maternelle et celle qu’on apprend à aimer. C’est cette complexité identitaire qu’il déplie doucement, poème après poème.

Dans un extrait marquant, il écrit :

« Je viens d’un petit quartier / où les enfants tombent / les yeux ouverts. » (p. 133)

Cette image frappe : les enfants qui tombent… mais les yeux ouverts. Comme s’ils étaient lucides, forcés trop tôt à regarder la dureté de leur environnement. C’est une métaphore qui traduit bien ce que vivent plusieurs enfants issus de milieux fragiles, souvent marqués par la migration : rester éveillé pour survivre. Rester éveillé pour ne pas perdre de vue qui l’on est.

Plus loin, on retrouve un autre vers poignant :

« je ne pratique pas l’écriture dans ma langue maternelle / tortillas, aguacate, frijol » (p. 45)

Ici, ce sont les saveurs qui parlent. Ruiz convoque la mémoire par les aliments — tortillas, avocats, haricots — tous des symboles d’un foyer latino-américain. C’est une façon simple et puissante de dire : je viens de là. Et pourtant, cette langue-là, il ne l’écrit pas. Il l’évoque, à travers le goût, les souvenirs, mais la langue du poème reste celle de l’exil.

Ces fragments illustrent bien le tiraillement identitaire du poète : écrire dans une langue, penser dans une autre, se souvenir dans une troisième. Ruiz ne choisit pas un camp, il habite l’entre-deux. Et c’est précisément là que réside la beauté (et la douleur) du recueil Appartenir.

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