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L’être humain est-il libre?

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Selon Max Scheler, il est complexe de définir universellement l’humain, car plusieurs conceptions s’opposent. Par exemple, les visions rationalistes présentent l’humain comme un être doté de raison et de volonté, tandis que les conceptions naturalistes insistent sur ses instincts et son appartenance à la nature. Ces différents points de vue influencent la manière dont on conçoit la liberté. Mais comment définir ce concept ambigu ? Et quels obstacles s’opposent à sa pleine réalisation ? Je me baserai, après avoir suivi mon deuxième cours de philosophie, sur deux philosophes ayant des idées que je trouve pour le moins pertinentes et intéressantes sur ce sujet, bien qu’ils n’aient pas vécu à la même époque : Jean-Jacques Rousseau et Simone de Beauvoir.

D’un côté, Jean-Jacques Rousseau, philosophe des Lumières, voit dans l’humain un être naturellement libre, mais corrompu par la société. De l’autre, Simone de Beauvoir, figure existentialiste du XXe siècle, perçoit la liberté comme un projet qui exige responsabilité et engagement. Ces deux penseurs, bien que distants dans le temps, se rejoignent et s’opposent sur divers aspects de la liberté humaine. Dans ce qui suit, nous analyserons les conceptions de Rousseau et de Beauvoir avant de proposer une réflexion personnelle sur la liberté.

Jean-Jacques Rousseau : la liberté naturelle face à l’aliénation sociale

Pour Rousseau, l’essence de l’humain repose sur son état de nature. Dans cet état originel, l’homme est « libre et indépendant », guidé par ses besoins fondamentaux et son instinct de conservation. La liberté, dans ce cadre, est une liberté naturelle, à savoir l’absence de contraintes imposées par autrui ou par des institutions. Cependant, dans Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1754), Rousseau explique que l’émergence de la société a transformé cette liberté naturelle. Il affirme : « D’un autre côté, de libre et indépendant qu’était auparavant l’homme, le voilà par une multitude de nouveaux besoins assujetti, pour ainsi dire, à toute la nature, et surtout à ses semblables dont il devient l’esclave en un sens, même en devenant leur maître. » Cette citation illustre comment les besoins artificiels et les relations de dépendance engendrées par la société aliènent l’homme.

Pour Rousseau, ce qui limite la liberté humaine, c’est donc principalement la propriété privée et les inégalités sociales. La compétition, l’orgueil et le besoin de reconnaissance enferment l’humain dans une condition où il perd sa liberté naturelle. Afin de redevenir libre, Rousseau propose un pacte social. Dans Du Contrat social (1762), il conçoit une liberté civile où chacun accepte de se soumettre à la volonté générale pour le bien commun. Cette liberté n’est pas un retour à l’état de nature, mais une manière de concilier les droits individuels avec les besoins collectifs.

Simone de Beauvoir : la liberté comme projet existentiel

Simone de Beauvoir, quant à elle, envisage l’humain comme un être transcendant. Dans une perspective existentialiste, elle affirme que l’essence de l’humain n’est pas prédéterminée. La liberté, selon elle, réside dans la capacité à se projeter au-delà de soi-même et à choisir son existence. Cependant, cette liberté est entravée par de nombreuses contraintes, qu’elles soient sociales, culturelles ou personnelles. Dans Le Deuxième Sexe (1949), Beauvoir dénonce la condition féminine comme un exemple frappant de cette alénation. Les femmes, historiquement, ont été confinées à un statut d’être « pour autrui », privées de leur autonomie et de leur liberté.

Pour Beauvoir, ce qui limite la liberté humaine est donc principalement l’éducation, les normes sociales et les structures de pouvoir. Ces facteurs conditionnent les individus et les empêchent de devenir pleinement responsables de leur existence. Afin d’atteindre une véritable liberté, Beauvoir insiste sur l’importance de l’engagement. La liberté, selon elle, est un projet à construire en affrontant les oppressions et en assumant la responsabilité de ses choix. Elle rejette toute forme de liberté abstraite ou isolée, affirmant que la liberté individuelle est inséparable de celle des autres.

Comparaison entre les deux philosophes

Malgré leurs différences, Rousseau et Beauvoir partagent une préoccupation commune pour les obstacles à la liberté. Tous deux reconnaissent que la société joue un rôle central dans la limitation de l’autonomie humaine. Cependant, leurs visions divergent quant aux solutions.

Rousseau prône un retour à une forme de liberté collective, basée sur un contrat social. Il conçoit la liberté comme une adhésion à la volonté générale, ce qui implique une certaine soumission pour le bien commun. En revanche, Beauvoir défend une liberté individuelle qui repose sur la responsabilité et l’engagement. Elle ne cherche pas à réconcilier les individus avec la société, mais plutôt à transformer cette dernière en un espace d’émancipation (ou affranchissement).

Conclusion

Selon moi, l’essence de l’humain réside dans sa capacité à donner un sens à son existence. Contrairement à Rousseau, je ne crois pas à un état de nature originellement libre. La liberté n’est pas un état, mais un processus, comme le suggère Beauvoir.

À mon sens, ce qui limite le plus la liberté, ce sont les peurs intérieures et les normes sociales qui nous dictent qui nous devrions être. Ainsi, être plus libre, il est essentiel de prendre conscience de ces limites, de les confronter et de s’engager activement dans des projets qui reflètent nos valeurs profondes. En ce sens, je rejoins Beauvoir lorsqu’elle affirme que la liberté individuelle est inséparable de celle des autres. Une société plus libre nécessite des individus engagés, prêts à construire ensemble un espace où chacun peut s’épanouir tout en respectant la liberté d’autrui.

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