Depuis l’avènement d’internet, la pornographie est devenue non seulement plus accessible que jamais, mais également de plus en plus diversifiée. Les nombreuses catégories présentes sur les sites pornographiques se multiplient chaque année, variant entre soft et hard, hétéro et gay, ethnique et même féministe. De plus en plus populaire chez les jeunes, plusieurs auteurs parlent désormais de la sexualisation de la culture et même de “pornographisation sociale”. Nous chercherons à démontrer l’évolution de la pornographie et son impact sur les individus, quel que soit leur âge, sexe ou orientation sexuelle, ainsi que le développement de l’hypersexualisation dans notre société. Pour beaucoup, les films X ne sont plus de simples photos ou vidéos explicites, mais une sorte de prison renfermant nos propres pulsions : plus on en voit, plus on en veut.
Évolution de la pornographie
Contrairement à la littérature, qui sollicite sans cesse l’imagination du lecteur, les images pornographiques, apparues autour de 1839, représentent un phénomène relativement récent. Cependant, la pornographie actuelle est bien différente des images explicites que l’on trouvait autrefois dans une caserne de pompiers ou dans la chambre d’un adulte célibataire. Voici l’évolution de ce phénomène :
- 1955-1960 : La poitrine est la seule partie dénudée tolérée. De plus, l’interdiction de la vente de contenu explicite aux mineurs entre officiellement en vigueur. À la fin des années 60, la nudité n’est plus considérée comme explicite.
- 1980 : Le cinéma pornographique est remplacé par la vente de cassettes vidéo, obligeant de nombreux cinémas spécialisés à fermer leurs portes. Les images deviennent de plus en plus explicites avec des gros plans sur des parties du corps et des scènes plus crues. Les magazines comme Playboy doivent trouver de nouveaux moyens de rémunération, tels que les chaînes de télévision payantes disponibles dans les hôtels.
- 1990 : La pornographie retrouve une scène internationale avec la vente libre de DVD remplaçant les cassettes vidéo. Plus de 800 millions de DVD sont loués annuellement.
- 2000 : Les sites web à caractère sexuel enregistrent plus de 33 millions de visites par jour, générant environ 97 milliards de dollars de chiffre d’affaires. C’est également le début des DVD interactifs.
- 2010 à aujourd’hui : La pornographie, souvent futile, est omniprésente (publicités, clips musicaux, mode, etc.) et accessible sur presque tous les appareils électroniques. De plus, 88% des scènes pornographiques comportent des agressions physiques ou verbales (Tremblay, 2005), principalement dirigé contre les femmes.
Impacts de la pornographie
Bien que la représentation d’images ou de vidéos à caractère sexuel ne soit pas nouvelle, la fixation sur les organes génitaux et la réduction des corps à des instruments est un phénomène récent. C’est le début de l’hypersexualisation dans notre société. On s’interroge de plus en plus sur l’impact de la consommation de ces images sur nos représentations mentales. En effet, si une simple publicité peut influencer nos choix de consommation, la pornographie ne peut qu’avoir un impact sur notre attitude et notre comportement. Voici quelques exemples :
- Développement moral : La consommation de pornographie est liée à l’érosion du cortex préfrontal, responsable des fonctions exécutives telles que la moralité, la volonté et le contrôle des pulsions. Cette région reste en développement pendant l’enfance, ce qui explique pourquoi les jeunes ont du mal à gérer leurs émotions. La consommation de ce type de média peut donc maintenir notre cerveau dans un état juvénile, où le contrôle des pulsions et la définition d’une moralité propre sont difficiles.
- Sur-stimulation de la dopamine : La pornographie procure un plaisir à court terme, mais une stimulation excessive peut mener à une dépendance, causant des dysfonctionnements sexuels, de la dépression ou de l’anxiété. Les consommateurs assidus de pornographie peuvent devenir déconnectés de leurs véritables désirs, perturbant leur circuit de récompense. Les relations sexuelles normales peuvent alors devenir moins intéressantes, incitant certains à se tourner vers des pratiques plus extrêmes comme le bondage ou l’inceste.
- Codification du corps et hypersexualisation : Jusqu’en 2014, la pornographie enfantine au Japon n’était soumise à aucune restriction, tant qu’il n’y avait pas de poils pubiens visibles (!) Ce type de critère de beauté est répandu dans plusieurs parties du monde, signifiant souvent la jeunesse et codifiant le corps de manière pornographique.
En conséquence, de nombreuses jeunes filles rasent leurs poils pubiens dès la puberté, sans preuve que ces derniers soient non hygiéniques ou nuisibles. Les petites filles cherchent à imiter les femmes adultes, et les femmes adultes jouent aux fillettes, ce qui est un fantasme sexuel courant. On questionne également le fétichisme autour des très jeunes femmes dans la pornographie, notamment avec la catégorie “teen“.
La chirurgie plastique, comme les implants mammaires, les injections de collagène pour rendre les lèvres plus pulpeuses, gagne en popularité. Conscients ou non, ils contribuent à un imaginaire presque irréaliste. La chirurgie de l’illusion, inspirée des acteurs et actrices porno, est un autre phénomène déroutant. Lors de l’exposition à ces corps parfaits, les jeunes peuvent développer des répercussions psychologiques et physiques liées à un refus de s’accepter tels qu’ils sont.
Conclusion
En fin de compte, même si la pornographie a plusieurs effets néfastes sur notre physique et notre mental, il faut reconnaître que quelques mesures, bien que lentes, sont prises pour rendre cette industrie un peu moins nuisible. Par exemple, l’émergence de la pornographie féministe, avec des films dirigés par des femmes, montre une volonté de ne plus dégrader la femme à l’écran (rappelons que la pornographie a été créée par les hommes pour les hommes). Cependant, la pornographie restera toujours un fléau dans notre société, car si elle ne dissuade pas les individus de désirer des relations sexuelles, elle les empêche de les vivre de manière saine et épanouissante.
BIBLIOGRAPHIE
Tremblay, Jean-Marie. “Philippe Bensimon, La Relation Entre Pornographie et Hypersexualisation.” Texte, 2 Feb. 2005, classiques.uqac.ca/contemporains/bensimon_philippe/relation_porno_hypersexualisation/relation_porno_hypersexualisation_texte.html. Accessed 17 Apr. 2023.
La Pornographie Sous Tous Ses Angles | UQAM. 6 Nov. 2020, actualites.uqam.ca/2020/pornographie-sous-tous-ses-angles/. Accessed 17 Apr. 2023.
“La Porno Modifierait Le Cerveau.” Le Droit, 7 Dec. 2019, www.ledroit.com/2019/12/07/la-porno-modifierait-le-cerveau-c43365122e0290815c9b4fdd4f059ff8. Accessed 17 Apr. 2023.


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