Le 23 avril 2018, Toronto a été le théâtre d’un événement tragique qui a bouleversé la ville et le monde entier (Universalis, 2018). Une attaque meurtrière a semé terreur et confusion parmi les victimes, des femmes, attirant l’attention des médias sur les motivations de l’assaillant et les enjeux sociaux qui peuvent expliquer de tels actes extrêmes. Dans une société où les interactions humaines sont profondément influencées par les avancées technologiques et la virtualité, de nouvelles communautés en ligne émergent, défiant parfois les normes morales établies. Parmi ces mouvements, la communauté Incel se distingue. Mais qu’est-ce qui peut expliquer l’expansion significative de ce phénomène ? Internet et les réseaux sociaux en sont certainement les principaux leviers. Nous répondrons à cette question en analysant la définition et les caractéristiques des Incels, les facteurs contribuant un individu à adhérer à cette communauté et les manifestations et les comportements observés au sein de ces groupes.
Origine de la communauté Incel
Avant toute chose et avant même de définir le terme incel, il faut d’abord comprendre la source de ce phénomène social. Dès 1988, on retrouve un prototype de celui-cidans un forum regroupant les premières personnes qui formeront l’incelosphère. Ces dernières utilisaient cet espace dans le but de partager leurs expériences amoureuses et leurs difficultés relationnelles et recevoir de l’aide et des conseils. Relativement inconnu pendant plusieurs années, le terme incel apparait formellement en 1993, dans une autre banale communauté en ligne où les membres échangent également sur des difficultés et frustrations dans leurs relations. On utilise d’abord le terme invcel, un mot-valise pour « involuntary celibate » (célibataire involontaire) et inclus toute personne n’ayant jamais eu l’expérience d’une relation sexuelle ou d’une relation significative en général. Initialement mixte, le groupe devient exclusivement masculin. En conséquence, les femmes se considérant membres de cette communauté forment leur propre collectivité, utilisant le terme femcel. Cette dernière n’est cependant point reconnue par la plupart des incels, jugeant qu’il est impossible pour une femme d’être involontairement célibataire. De plus, le terme invcel fut abandonné, en raison de sa ressemblance avec le mot « imbécile ». Ce phénomène s’étend alors sur diverses plateformes en ligne, influençant même la culture populaire à travers les médias. Cependant, cette popularité s’accompagne également de moqueries et les membres de ce groupe sont souvent perçus comme les antagonistes de notre société. Bref, ayant débutée comme d’une simple communauté innocente et bienveillante, elle est aujourd’hui devenue une sous-culture ayant le pouvoir d’aspirer les malheureux sur son passage, et ayant amené avec elle la vie de plusieurs individus.
Définition et caractéristiques des incels
Aujourd’hui, « incel », toujours étant défini comme « célibataire involontaire », est un terme relativement familier et souvent péjoratif, fréquemment utilisé dans plusieurs contextes afin de dénigrer ou de se moquer d’un garçon ou d’un homme ayant des difficultés sociales et du mal à entretenir des relations avec le sexe opposé. Dans un cadre individuel, l’incel se voit généralement d’une manière négative, avec une faible confiance en soi physiquement et socialement (St-Cyr-Leroux, 2022). Les incels expriment leur mal-être en tant qu’hommes dans notre société moderne, persuadés que celle-ci est contrôlée par les femmes et que le féminisme est une stratégie sexuelle visant à garantir le pouvoir de ces dernières, tout en oppressant les hommes (Seim Vestheim, 2023). Cette idéologie fait partie de la « Manosphère », défini comme « un ensemble d’espaces en ligne faisant la promotion de la masculinité et de la misogynie, et s’opposant au féminisme . » (European commission, 2021) Cependant, la grande différence entre ces espaces et ce phénomène en question est que ce dernier se distingue en étant plus radical et nihiliste. Les incels s’apitoient donc sur leur sort, croyant que rien ne pourrait changer l’état actuel de notre société, celle-ci étant déjà tombée trop profondément dans le piège du féminisme et de la libération sexuelle féminine. Par ailleurs, ce groupe est convaincu que la valeur d’un être humain se mesure uniquement à son apparence physique. En conséquence, il serait impossible de changer sa situation de célibataire, ou de chaste, involontaire, si l’on naît avec un physique désavantagé (plusieurs incels étant convaincus de souffrir de ce cas). Plusieurs idées d’évolution biologique semblent préoccuper les membres de cette communauté et font souvent objet de discussion, non seulement avec le genre mais également avec l’ethnicité. Des opinions racistes font souvent surface, entre autres des idées de suprématie blanche et l’idéologie que les personnes racisées seraient inférieures aux individus blancs selon la « hiérarchie sociale ». En bref, on retrouve souvent cette idée du modèle idéalisé de la masculinité blanche.
Idéologies véhiculées au sein de ces communautés
Naturellement, l’idéologie la plus répandue chez les incels est celle contre le féminisme, donc l’antiféminisme. Ces derniers se reposent souvent sur une nostalgie de la société du passé (lorsque les femmes avaient moins de droits et de liberté) et idéalisent les rapports sociaux traditionnels. De plus, on retrouve fréquemment le discours de notre société ayant une crise de la masculinité : les hommes ont perdu leur masculinité et sont victimes d’une démasculinisation (Seim Vesthreim, 2023). Une autre idéologie étant un gros pilier de ce phénomène est directement inspirée du film de science-fiction The Matrix (1999), ou l’on représente la pilule bleue (rester aveugle face à l’horrible réalité d’une société corrompue) et la pilule rouge (la révélation et la compréhension des réels rouages politiques et sociétales de notre société). Pour les incels, une autre pilule entre dans l’équation (créée par la communauté) : la pilule noire. Cette dernière, étant une version plus extrême de la pilule rouge, se définit par « la prise de conscience de l’oppression des hommes » dans notre société qui serait contre eux « notamment à cause de leur prétendue infériorité génétique qui s’exprime par leurs traits physiques » ne correspondant pas aux normes de beauté conventionnels de notre société (Seim Vesthreim, 2023). Cette perception est originaire de d’idées d’hypergamie (les femmes portent seulement intérêt aux hommes au sommet de la classe sociale, physiquement attirants et ayant du succès) et de gynocentrisme (les femmes sont avantagées dans notre société et de ce fait oppressent les hommes, surtout ceux qui sont considérés au bas de l’échelle sociale, dans ce cas-ci étant les incels). (European Commission, 2021) Enfin, la pilule noire revendique l’idée nihiliste et fataliste qu’il n’y a aucune solution possible concernant le sort des incels. Par ailleurs, si un membre du groupe décide de trouver une solution ou de s’en sortir, il sera jugé et rabaissé et pourrait même courir le risque d’être expulsé de la communauté, perdant en chemin son sentiment d’appartenance.
Facteurs contribuants un individu à adhérer à cette communauté
Pour qu’un groupe trouve des adhérents et de fidèles suiveurs, il faut impérativement créer un sentiment d’appartenance propre à cette communauté. Dans le cas du phénomène des incels, nombreux sont les manières d’amener un individu dans cette impasse. Premièrement, afin d’être accepté comme membre de l’incelosphère (la communauté la plus populaire étant sur le site incel.is), l’individu doit prouver son statut d’incel et se montrer crédible afin d’être accepté et intégré. (Seim Vesthreim, 2023) De plus, cette collectivité comporte son propre vocabulaire et lexique qui représentant leur conception de notre société d’aujourd’hui (on trouve notamment énormément d’expressions sexistes, racistes et homophobes assez choquants et dégradants), ce qui renforce également le sentiment d’appartenance et de complicité entre les adhérents de ce groupe.
Les individus étant les plus vulnérables à devenir membre de l’incelosphère sont majoritairement des jeunes hommes vivants une période de manque ou d’absence de contact ou de relations significatives avec autrui, surtout avec le sexe opposé, et qui cherchent à trouver une explication à leur mal-être. (St-Cyr-Leroux, 2022) Souvent accompagnés par une souffrance plus ou moins vive, ceux-ci, surtout grâce (ou à cause) de la popularité croissante de cette idéologie, trouvent facilement refuge au sein de ce groupe, tout en ayant la chance de ressentir un sentiment d’appartenance (même si tout cela se fait en ligne). En plus de pouvoir être anonyme, c’est une opportunité parfaite pour déverser sa solitude et son mal-être, en plus de pouvoir mettre cause de son malheur sur autrui (dans ce contexte étant les femmes, les hommes en haut de l’échelle sociale, et la société en général). On transforme alors un sentiment et un passage complétement normal par lequel passent de nombreux individus peu importe le genre, le sexe, l’âge, ou l’orientation sexuelle, en une situation exaspérante se nourrissant de négativité et de haine. En outre, l’idéologie incel se distingue des autres communautés et formes de pensées extrémistes en raison de sentiments tels que l’isolement ou la solitude venant dans la plupart des cas de problèmes de santé mentale mis au premier plan. En bref, la dynamique de la communauté incel a le pouvoir de renforcer des croyances souvent négatives et violentes d’un individu et son entourage, tout en développant un fort sentiment d’appartenance, rendant l’adhérent fortement dépendant à cette collectivité. Cela amène alors à ses membres le sentiment que cette identité n’a pas été choisie mais bel et bien imposée (par leur situation et les circonstances de la société actuelle) et que la position dans laquelle ils se trouvent est logiquement hors de leur contrôle. (European Commission, 2021)
Arguments sociaux et culturels liés à la sexualité et à la masculinité
Comme mentionné auparavant, la communauté incel est persuadée qu’elle est victime de la société actuelle, notamment à cause des femmes et du féminisme. « Pour les incels, il ne s’agit donc pas d’une construction issue d’une sous-culture en ligne, mais d’une « science objective » qui explique les relations entre les hommes et les femmes. » (Seim Vestrheim, 2023) Il est évident que l’idée de la masculinité virile n’est pas nouvelle. En effet, dès l’enfance, on apprend à comprendre et à suivre des concepts concernant les catégories du genre et des codes d’identité. Pour les hommes, c’est souvent le fait de ne pas montrer ses émotions, avoir un physique imposant, être brave et compétitif, avoir un bon salaire et un métier respectable… La notion du pouvoir est également mise dans l’équation, menant en conséquence à un sentiment de supériorité envers son environnement et à la sensation d’avoir le droit à certains privilèges inaccessibles aux « autres ». La suprématie mâle se base donc sur la conviction que le simple fait d’être un homme est assez afin d’exercer un pouvoir sur les femmes, et que ces dernières doivent se mettre au service et répondre aux besoins du sexe masculin. Plusieurs autres arguments de cette « science objective », notamment le fait que les hommes soient responsables des avancées scientifiques et politiques, que l’homme qui travail et qui paye des impôts ou encore que la sexualité est un besoin humain, comme tous les besoins de bases de l’homosapiens, justifieraient la femme comme étant le « deuxième sexe » et que cette espèce doit se soumettre à son supérieur, n’ayant point le droit de refuser sous aucun prétexte de fournir services et sexualité à l’homme.
Une chose intéressante à souligner dans les nombreuses idéologies de l’incelosphère est le fait que ces dernières se contredisent souvent. Par exemple, les incels mêlent mépris et désir envers les femmes : ils cherchent une relation tout en blâmant ces dernières pour leur incapacité à en avoir une. Les hommes séduisants figurant en haut de la classe sociale sont également méprisés, cependant plusieurs membres de cette communauté souhaiteraient devenir comme eux et avoir le même statut (pourtant, cette dernière juge et rejette les infidèles qui cherchent à s’en sortir ou à changer leur situation de vie). Les incels ayant payés pour des relations sexuelles peuvent tout de même se considérer comme de fidèles adhérents, puisque ce n’était pas une relation authentique. Enfin, la question de la motivation politique des incels reste ambiguë, certains proposant des changements sociétaux tandis que d’autres refusent d’être associés à un mouvement politique, laissant planer le doute sur leur capacité à changer le système. (European Commission, 2021)
En somme, ces contradictions démontrent des problèmes sous-jacents et des incertitudes présents dans ce phénomène, mettant en scène une idéologie confuse et n’ayant pas d’idée centrale. Il est également « assez ironique de constater que les incels vont se plaindre que les hommes ne soient pas traités comme des humains, tout en postulant que les femmes ne sont pas éligibles aux droits humains car elles sont sous-humaines ou pas humaines du tout… » (Seim Vesthreim, 2023)
Rôle des médias sociaux et de l’internet dans la propagation d’idéologies extrémistes
Ce n’est point un mythe, les médias sociaux occupent un rôle essentiel dans la construction de l’identité individuelle. Ils facilitent la connexion entre des groupes et des individus et favorisent l’apprentissage mutuel et l’échange d’informations. Ces plateformes sont devenues un outil central dans le processus d’exploration de soi et de son identité. Autrefois considérées comme de simples espaces de communications en ligne, les interactions via Internet se sont considérablement développées avec l’arrivée des téléphones intelligents et des médias sociaux. En conséquence, ces communications se sont si répandues qu’elles font partie intégrante du tissu social, tant en ligne que dans le monde réel. (Seim Vesthreim, 2023) Naturellement, cela a amené des conséquences positives, mais aussi négatives. Dans ce contexte, les forums et espaces en lignes peuvent devenir des écho chambres où les croyances et attitudes extrêmes sont renforcées et amplifiées (comme à cause du sentiment d’appartenance mentionné précédemment). De plus, les algorithmes de recommandations de contenus avec lesquelles nous interagissons nous montrant du contenu personnalisé peuvent conduire « à une représentation biaisée de la réalité qui ne donne pas le bon exemple et prépare le terrain à l’idéologie incel et à d’autres problèmes. » (European Commission, 2021) Cela entraine de nouveau un renforcement des croyances et des comportements radicaux au sein de la communauté incel, en plus en mettant dans l’équation la vulnérabilité mentale et émotionnelle de plusieurs membres. Ces espaces offrent également un terrain on l’on peut propager des théories du complot et des discours de haine. En résumé, internet et les médias sociaux fournissent un environnement propice à la propagation d’idées radicales, tout en permettant la formation de communautés en ligne, la diffusion de contenu extrémiste et la radicalisation des individus.
Manifestations et comportements observés au sein des communautés Incels
« Si tous les incels ne sont pas violents, l’écosystème incel en ligne nourrit et encourage les attitudes extrêmes relatives au suicide, à la violence interpersonnelle et à la misogynie violente. » (European Commission, 2021). Cependant, une chose intéressante à constater lorsqu’on parle de violence au sein de cette communauté, est le fait que les actes d’agressivité ne se définissent pas seulement avec des actes de meurtres ou d’animosités publics. En effet, on peut souligner trois formes de violence distinctes : la violence personnelle, manifestée par des comportements autodestructeurs et des idées suicidaires, souvent encouragés par un manque de soutien en santé mentale ; la violence interpersonnelle, où les incels peuvent notamment cibler les femmes (en ligne comme hors ligne) afin de les humilier et les ridiculiser ; et enfin la violence sociétale, illustrée par des fusillades de masse, ces dernières admirées et applaudies au sein de la communauté. (European Commission, 2021) Même si la violence sociétale attire d’avantage l’attention du public, les comportements et discussions au sein de cette collectivité révèlent qu’il faudrait peut-être accorder plus d’attention aux enjeux personnels et interpersonnels.
Tendances à la radicalisation et à la violence envers les femmes au sein de cette communauté
Même si le recourt de la violence et la tendance des incels à créer et partager des propos radicaux et extrémistes est déjà évident, il est cependant important de parcourir au milieu de tout cela le sujet le plus discuté et à laquelle cette communauté s’intéresse le plus : les femmes. On a déjà observé le fait que les idéologies incels comportent plusieurs contradictions et sont ambiguës, notamment par le fait qu’elles ne comportent point d’idées principales. Il en est de même avec les nombreuses idéologies concernant les femmes. Elles constituent une sorte de paradoxe car d’une part, les incels ont le sentiment d’avoir la validation des femmes afin de se sentir « homme » et « de l’autre côté ils veulent priver les femmes de tout pouvoir, ce qui sera impossible considérant que les femmes représentent un élément de définition cruciale à l’identité masculine qu’ils souhaitent incarner. » (Seim Vesthreim, 2023)
Une façon que les incels utilisent afin de rabaisser le plus possible leurs consœurs est la déshumanisation, notamment en utilisant des termes dégradants et en utilisant le mot « femelle » au lieu de « femme » afin de se référer à ces dernières comme de simples espèces vivantes plutôt que comme êtres humains. (Seim Vesthreim, 2023) Le fait de dénigrer les femmes ayant plusieurs relations sexuelles est également populaire dans cette communauté, cette dernière considérant que les femelles devraient être sages, vierges et passives. Ces dernières sont également souvent représentées et décrites par des identités spécifiques : la femme diabolique, la femme faible, la femme objet et la femme rivale. Ces archétypes sont souvent poussés à l’extrême dans les discours incels, dépeignant les femmes comme des figures maléfiques ayant menées à la déstabilisation de notre société, dénuées d’intelligence, réduites à leur apparence ou comme des ennemis menaçants. (Seim Vesthreim, 2023)
Même si la majorité des incels restent passifs, certains sont convaincus que le recourt à la violence physique (souvent fétichisée) fait partie de la solution. Les femmes agresseuses sont responsables de la misère des hommes victimes, il est donc évident qu’il faut les punir. La violence au sein de ce groupe est souvent perçue comme une preuve de valeur et de puissance en tant qu’homme dominant. Il faut donc remettre les femmes à leur place afin qu’elles se soumettent, et punir toutes celles qui ne le font pas (par exemple, en battant sa partenaire ou en se vengeant contre les femmes comme groupe social). De plus, la possession d’une femme (amoureusement ou sexuellement) est souvent perçue comme un complément à sa masculinité. La femelle est alors définie comme « un objet – un accessoire – dont l’homme doit disposer – y compris dans ses discours – afin de prouver sa crédibilité » et que la perte de cet objet remet cette identité masculine en question et sa capacité à dominer. Cette communauté revendique également qu’il est de « la responsabilité des femmes d’éviter de se faire assassiner par les incels en se subordonnant aux hommes et en s’adaptant à leur conception du monde misogyne. » (Seim Vesthreim, 2023) La solution à tous leurs problèmes se trouve donc dans les mains de celles-ci. En somme, la femme est responsable de la violence qu’elle subit de l’homme agresseur, étant en fait la victime.
L’identité incel est donc de nouveau un paradoxe. D’une part, les incels dépendent du sexe opposé afin de valider leur statut de mâle et pour prouver leur masculinité. D’autre part, cette communauté affirme sans relâche qu’il est nécessaire de priver les femmes de tout pouvoir, ce qui est contradictoire puisque ces dernières jouent un rôle crucial dans la définition même de l’identité masculine qu’ils cherchent tant bien que mal à incarner.
Liaison potentielle avec incelisme et terrorisme et prévention
La question de la menace de ce phénomène social est largement discutée. On se demande souvent si les incels pourraient représenter un danger pour notre société, surtout après les nombreuses tueries et actes de violences commises par des membres de cette communauté. En effet, on se demande même si l’on devrait considérer ceux-ci comme du terrorisme. Les opinions sont partagées : certains affirment que l’idéologie radicale et extrême de la « misogynie doit être reconnue comme une idéologie à part entière » car elle est « susceptible de radicaliser de jeunes hommes » ce qui, comme on l’a vu, peut amener des conséquences dévastatrices. (Stanley et Smith, 2021) De plus, des études ont démontrées que de nombreux hommes criminels et terroristes ont un passé de misogynie et de violence domestique. (Stanley et Smith, 2021) Il serait donc intéressant de pointer notre attention sur cette cause car, de nos jours, la violence et l’agressivité envers les femmes est souvent un phénomène banalisé et négligé, et « la dénoncer serait une obsession de féministes. » Stanley et Smith, 2021) D’autre part, certains considèrent que puisque l’incelisme comporte plusieurs contradictions et ne comporte point d’idées et de structures claires et centrales, il n’est même pas nécessaire de se poser cette question et de donner à cette communauté l’attention qu’elle recherche. En faisant cela, on pourrait aggraver le problème, car des données nous montrent que seulement une infime partie des individus faisant partie d’un groupe radical vont jusqu’au point de franchir le seuil de la légalité et que, si l’on stigmatise cette cause, on risquerait de rajouter de l’huile dans le feu. (Charlebois, 2022)
Quelques idées sont déjà ressorties sur la prévention que l’on pourrait faire afin d’éviter que des situations dramatiques et de non-retour surviennent. Tout d’abord le fait d’observer et de comprendre ce phénomène en adoptant un comportement objectif est important afin de réaliser que l’incelisme ne regroupe pas seulement des hommes asociaux ayant de la difficulté à se trouver une partenaire sexuelle, mais a des sentiments et des incertitudes dont de nombreux hommes s’identifient dans notre société et dont ces derniers n’ont souvent pas la chance ou le courage d’exprimer. Par ailleurs, il est de la responsabilité pour les travailleurs en santé mentale de s’informer et de prendre en compte ce phénomène et ses caractéristiques. Une autre forme de prévention pourrait également de faire parler d’anciens incels qui ont réussis à sortir de cette communauté, ce qui pourrait contribuer à la lutte contre l’extrémisme et la radicalisation. D’autre part, éduquer les plus jeunes sur une notion saine du sexe et de la sexualité, ou encore d’éduquer ces derniers aux réseaux sociaux et aux médias, comportant souvent des idées et des représentations biaisées de notre société, est nécessaire. La lutte contre la stigmatisation et la représentation des femmes en une forme humanisante et saine, en plus d’offrir des représentations de la masculinité autres que ce que proposent les stéréotypes (ex. être un homme doit être violent ou posséder une femme) pourrait également aider à briser les opinions négatives et nihilistes de l’incelisme. Enfin, il est important de normaliser le fait de se sentir frustré, anxieux, exclu ou rejeté, ceux-ci étant des émotions que tout le monde ressent de temps à autre, et qu’il ne faut pas hésiter d’en parler ou de chercher de l’aide. (European Commission, 2021)
L’importance de la santé mentale et sociétale
Il est évident que la santé mentale est un facteur à prendre en compte lorsqu’on parle de communautés radicales et extrémistes. Cependant, ce facteur est souvent négligé car on assume que cette communauté regroupe seulement des hommes asociaux et retirés de notre société. Il s’agit en fait souvent d’hommes ayant surtout besoin de support ou d’aide en santé mentale. (Charlebois, 2022) La pandémie liée à la COVID-19 a fortement accentué le sentiment d’isolation sociale et sentimentale dont les incels souffraient déjà quotidiennement. Il y a eu en conséquence une montée spectaculaire de discussions sur le suicide et des opinions nihilistes encore plus prononcées. (Charlebois, 2022) D’autre part, il y a également la pression sociale qui entre en jeu. En effet, on exige souvent aux hommes d’être constamment performants, avoir du succès, et des capacités en séduction. Par ailleurs, nombreux sont des jeunes ayant vécus des traumatismes, physiques ou émotionnels, pour cause d’abus ou de négligence dans la sphère familiale. En conséquence, l’anxiété et la dépression sont également très répandus au sein des membres de cette communauté. (European Commission, 2021) On peut aussi remarquer un manque de compétences sociales dans leurs relations interpersonnelles (d’où l’importance de l’utilisation des forums en ligne comme soutien social et d’expression de leur frustration), notamment en ayant un comportement fortement sexualisé et un manque de compréhension de ce qu’est une relation saine.
Conclusion
Dans ce rapport, nous avons exploré en profondeur le phénomène social des incels, en analysant ses origines, ses caractéristiques, ses idéologies, les facteurs contribuant à l’adhésion à cette communauté, ainsi que ses manifestations et comportements observés. L’incelisme est donc caractérisé par des idéologies misogynes, antiféministes et nihilistes, alimentant les sentiments de colère, de frustration et d’impuissance chez les membres. La déshumanisation des femmes et la glorification de la violence contribuent à créer un environnement toxique et dangereux. Nous avons également examiné le rôle crucial d’Internet et des médias sociaux dans la propagation de ces idéologies extrémistes.
L’expansion significative de ce phénomène peut en effet en grande partie être attribuée à l’avènement d’Internet et des réseaux sociaux. Ces plateformes offrent un espace où les individus peuvent se rassembler et trouver un soutien mutuel en partageant des frustrations et des difficultés relationnelles. Cependant, ces mêmes espaces peuvent également devenir des écho chambres pour des idéologies extrêmes, renforçant ainsi les croyances négatives et les comportements violents.
On a également constaté que l’isolement social, les difficultés relationnelles, les pressions sociales et les problèmes de santé mentale sont aussi des facteurs qui peuvent prédisposer les individus à adhérer à l’incelosphère. Cette adhésion offre un sentiment d’appartenance et de validation pour les individus se sentant exclus ou rejetés par notre société.
Il est également crucial de rappeler que le phénomène des incels n’est pas seulement un problème de relations interpersonnelles, mais une équation plus large des pressions sociales et des normes de genre toxiques présents dans notre société. La lutte contre ce phénomène requiert donc une approche objective mettant en avant la promotion de la santé mentale, l’éducation sur les relations saines, la déconstruction des stéréotypes de genre et la sensibilisation aux dangers des idéologies extrémistes en ligne.
En conclusion, l’expansion du phénomène social des communautés incels est le résultat complexe de multiples facteurs sociaux, culturels et individuels, mais son amplification via Internet et les réseaux sociaux est indéniable. Il n’en vient à se poser la question sur l’instauration d’une éducation numérique et de politiques réglementaires sur Internet et les réseaux sociaux. Une question intéressante à se poser ou on prend en compte liberté d’expression et propagation d’idéologies extrêmes et de complots.
Bibliographie
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ST-CYR-LEROUX, Béatrice. (2022, 23 décembre). Comment devient-on «incel»?. UdeMNouvelles. Comment devient-on «incel»? | UdeMNouvelles (umontreal.ca). (consulté le 18 février 2024)
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European Commission. (2021). Le phénomène incel : exploration des problèmes internes et externes touchant les célibataires involontaires. European Commission. ran_cn_incel_phenomenon_20210803_fr.pdf (europa.eu). (consulté le 18 février 2024)


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